Mercredi 24 mars
Réactions au discours de Nicolas
Sarkozy
Après l'allocution de Nicolas Sarkozy ce matin,
les réactions se multiplient. Les associations de défense de l'environnement se
disent sous le choc, outrées d'une prise de position "incompréhensible" et qui
renvoie la taxe carbone "aux calendes grecques", au mieux. Le réseau action
climat, qui regroupe notamment Greenpeace ou WWF dit n'avoir "plus aucune
illusion sur la volonté réelle du gouvernement de promouvoir l'écologie". Pour
France Nature Environnement, c'est un coup de couteau fatal au Grenelle de
l'environnement. José Bové lui demande la démission de la secrétaire d'Etat à
l'écologie Chantal Jouanno.
Lors de son allocution ce matin, Nicolas Sarkozy a confirmé la taxe carbone mais il la conditionne à un accord européen: "Je confirme sans ambiguïté notre choix d'une fiscalité écologique", a déclaré Nicolas Sarkozy mercredi tout en justifiant le report de la taxe carbone, désormais conditionnée à un hypothétique accord européen. "Le dumping environnemental menace nos emplois", a plaidé le chef de l'Etat. "Il serait absurde de taxer les entreprises françaises en donnant un avantage compétitif aux entreprises des pays pollueurs". "Je confirme sans ambiguïté notre choix d'une fiscalité écologique", a déclaré M. Sarkozy. "Mais je subordonne la création d'une taxe carbone intérieure à une taxe aux frontières qui protégera notre agriculture et nos industries contre la concurrence déloyale de ceux qui continuent à polluer sans vergogne".
La porte-parole des Verts, Djamila Sonzogni, dans un communiqué: "Pour le gouvernement, l'avenir de la planète s'arrête à 2012". "La taxe Sarkozy carbone ne remplissait pas les critères nécessaires pour être juste socialement, efficace économiquement et performante énergétiquement. Le projet, enterré ce jour par Nicolas Sarkozy, ne sera pas regretté par les écologistes". "Mais cet abandon en rase campagne est navrant car il condamne durablement toute tentative d'utiliser la fiscalité écologique". Ecouter aussi la réaction de Cécile Duflot La réaction de Noël Mamère député vert:
WWF, Greenpeace, Action Climat France...
Le principe de précaution s'impose" face aux incertitudes sur les nanomatériaux présents dans des centaines de produits de grande consommation, a déclaré mercredi le directeur général de l'Agence santé et environnement (Afsset) Martin Guespéreau, en présentant un rapport. Informer les consommateurs par l'étiquetage, assurer la traçabilité des nanomatériaux, accélérer la recherche figurent parmi les principales recommandations de l'Afsset à l'issue d'une mission d'"évaluation des risques liés aux nanomatériaux pour la population et pour l'environnement" qui lui avait été confiée en 2008. Dans certains cas précis, "il faudra envisager des interdictions", selon M. Guespéreau qui a évoqué le cas des chaussettes sans odeurs grâce à des nanoparticules d'argent au pouvoir antibactérien. Leur totale innocuité pour la peau reste à prouver, et surtout il y a des "signaux clairs" quant au risque pour l'environnement des particules de nano-argent qui disparaissent dans l'eau de lavage, a-t-il relevé.
Plus on produit de déchets, plus on paie. Moins on en produit, moins on paie": telle sera la devise de Besançon, premier grand territoire urbain français à parier sur la "redevance incitative", calculée en fonction de la pesée des ordures ménagères. A partir du 1er janvier 2012, les 180.000 habitants de la communauté d'agglomération du grand Besançon (CAGB) paieront la collecte de leurs déchets en fonction du poids des poubelles. "L'objectif de la redevance incitative embarquée est de favoriser la réduction des déchets et leur recyclage", explique Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon et président de la CAGB, qui mise sur "l'évolution des mentalités". La redevance sera constituée à environ 70% d'une part fixe, 40% de la part de la pesée et 10% d'une part variable calculée selon la fréquence d'enlèvement des ordures. Chaque poubelle sera pesée par les véhicules de collecte au moment de l'enlèvement.
Le WWF ne transigera pas avec les engagements du Grenelle, ajourner la taxe carbone, c'est affaiblir à long terme la compétitivité des entreprises françaises". Ecouter le président France du WWF, Serge Orru.
En repoussant à 2013 son éventuelle entrée en vigueur, le gouvernement français enverrait un très mauvais signal à la communauté internationale et aux Français". "France Nature Environnement ne peut que continuer à soutenir le principe d'un tel dispositif qui viserait à réduire les émissions de CO2 et donc à lutter contre le renchérissement de l'énergie et le réchauffement climatique. Une taxe ayant ce dessein serait porteuse de nombreux bénéfices à la fois environnementaux, sociaux et économiques qu'il serait inacceptable de ne pas porter au vu du contexte actuel". "Le dispositif qu'il faut construire ne doit pas uniquement se focaliser sur les émissions de CO2 mais plutôt taxer en amont les consommations énergétiques".
Ancien ministre, à l'origine de la proposition de taxe carbone
Je regrette vivement cette décision. C'est très dangereux de laisser croire aux gens qu'on peut attendre". Cette "renonciation pure et simple", c'est "très grave", et c'est une "très mauvaise pédagogie pour l'opinion". "La majorité, le gouvernement viennent de jouer le court terme contre le long terme, ce qui n'est jamais bien en politique". Le gouvernement n'est "pas très courageux".
La fiscalité écologique reste une grande idée, absolument indispensable pour accélérer la mutation écologique et économique de notre pays. Je reste convaincu de sa nécessité. Cependant, la contribution carbone a été l'otage de débats qui ont dépassé largement le champ de l'écologie et qui ont conduit à une profonde incompréhension. Je suis, à titre personnel, déçu par toutes ces controverses et ces malentendus.
Favorable depuis longtemps à une fiscalité écologique, je m'étais prononcé en faveur d'une taxe carbone qui soit à la fois efficace et juste". "Il faudra bien qu'un jour, les dirigeants politiques aient enfin le courage d'affronter les défis environnementaux par des mesures d'envergure." Ecouter aussi la réaction de Claude Bartolone pour le parti socialiste.
Nous sommes soulagés, notamment pour toute l'industrie qui n'aurait pas supporté ce nouveau handicap de compétitivité.
La confédération des petites et moyennes entreprises
La décision de renoncer à l'instauration d'une taxe carbone nationale est sage. Cette taxe instaurait une distorsion de concurrence au détriment des entreprises françaises. La CGPME se réjouit de ce ballon d'oxygène". "Pour autant, la Confédération réitère son intérêt pour une fiscalité écologique permettant de transférer une partie du financement de la protection sociale en diminuant d'autant les charges pesant sur le coût du travail".
La CFDT a critiqué mercredi la "volte-face extrêmement négative" de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement sur l'application de la taxe carbone, désormais reportée sine die. "En renonçant à la création de la taxe carbone, le gouvernement effectue une volte-face extrêmement négative quant à l'engagement de la France en faveur d'un développement plus soucieux de l'environnement et des besoins humains permettant d'assurer un avenir aux générations futures", déclare le secrétaire général adjoint de la CFDT, Marcel Grignard, dans un communiqué.
Par la voix de son président Jean-François Copé
L'idée que cette taxe carbone soit européenne ou qu'elle ne soit pas est venue sur la table et nous sommes tombés d'accord avec le Premier ministre sur l'idée que la démarche devait être à l'échelle européenne et pas simplement française''. S'il n'y a pas d'accord européen avant le 1er juillet, ça se fera plus tard''. Ecouter aussi Jacques Myard, député UMP des Yvelines Réaction d'Arnaud Gossemand
Il est avocat en droit de l'environnement et professeur à science po
Ecouter sa réaction:
Le gouvernement "botte en touche" et sacrifie la protection de l'environnement à la compétitivité des entreprises en reportant sine die l'instauration de la taxe carbone, a déploré mercredi le Syndicat national unifié des impôts (Snui). "C'est le souci de la compétitivité qui prime, comme cela vient d'être démontré avec la satisfaction de la revendication du Medef pour qui la taxe carbone est une bonne idée à condition que les entreprises ne la paient pas, et pas celui de la protection de l'environnement et de la fiscalité écologique", juge le syndicat.
Jeudi 25 mars
Chantal Jouanno ne digère pas la taxe
carbone
La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno
assure dans un entretien paru jeudi dans Libération que "c'est le Medef qui a
planté la taxe carbone", reportée sine die après la débacle de la droite aux
élections régionales. "C'est clair, c'est le Medef qui a planté la taxe
carbone. Au nom de la compétitivité. Est-ce que le Medef s'est ému des 2
milliards de bonus distribués aux banquiers?", s'agace Mme Jouanno dans le
quotidien, mettant aussi en cause les "céréaliers intensifs". Et ce matin, la
ministre a inauguré le 34e congrès de France Nature Environnement, en revenant
sur la taxe carbone.
Vendredi 26 mars
Un
dispositif européen d'ici le mois de juin ?
La Commission européenneproposera en juin un
mécanisme d'ajustement aux frontières del'Union pour taxer les importations de
pays rechignant à réduireleurs émissions de gaz à effet de serre, a déclaré
vendredi Nicolas Sarkozy, à l'issue du sommet européen. "Chacun considère
aujourd'hui que la question d'un mécanisme d'adaptation aux frontières est
incontournable", a dit le président français lors d'une conférence de presse.
"Aucun pays ne s'y est opposé" a-t-il déclaré. Ecouter la déclaration de
Nicolas Sarkozy...
Duel
Cohn-Bendit-Royal sur la taxe carbone
Ségolène Royal et Dany Cohn-Bendit ont eu jeudi
soir un dialogue aigre-doux sur la taxe carbone, elle étant vivement opposée à
cette mesure "injuste" et lui défendant la fiscalité écologique. Débattant dans
l'émission "A vous de juger" (France 2), où les leaders se sont tutoyés, Daniel
Cohn-Bendit a affirmé se reconnaître "complètement" dans les propos de Michel
Rocard et juge "le passage à une fiscalité écologique nécessaire". Pour
Ségolène Royal, c'est "la traduction d'une bonne idée dans un dégât social" car
la taxe carbone, reportée sine die par le gouvernement, "allait frapper les
Français les plus modestes". Et Dany le rouge a aussi exprimé son respect pour
la secrétaire d'Etat à l'écologie Chantal Jouanno, critiquée ce matin par
Nicolas Sarkozy.
Selon
Xavier Bertrand, Chantal Jouanno doit rester au
gouvernement
Le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand a
estimé que la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno devait "rester au
gouvernement". Interrogé sur LCI, M. Bertrand a affirmé que Mme Jouanno "doit
rester au gouvernement, bien évidemment. Son expression était forte, je sais
qu'elle a beaucoup d'amertume". Il "ne faut jamais se décourager en politique
lorsqu'on a le sentiment que ses convictions sont justes", a ajouté M.
Bertrand, donnant pour exemple un de ses projets -l'interdiction de fumer dans
les lieux publics- repoussé un temps avant d'être
adopté.








"2030, le krach écologique"





